Alors me voilà en face d'un 80 GS de 1980 totalisant 15000 kms, parfaitement dans son jus mais à remettre en route. Pol Gachon, par ailleurs réalisateur du Grand Prix de la Motostra de St Nazaire (pour lequel j'ai composé la musique), s'y collera généreusement et le travail sera finalisé par « l'atelier du roule toujours » de main de maître. Depuis je roule avec pour chacun de mes déplacements mon petit bidon d'additif au plomb.
Comme dans le film de Pol Gachon, c'est ma mémère. Mais attention, ce n'est qu'un surnom car l'engin ne rechigne en rien. Ni la ville, ni la route, ni la terre ne l'effraient. Toujours prête (avec une batterie comac) il suffit de tourner son stupide contacteur à 36 000 positions et le démarreur bouscule les deux gros pistons, l'engin s'ébroue dans un roulement de timbales qui frappe pour s'installer progressivement dans un motif poly rythmique gavé de groove. La sensation physique est complète, tout le corps du motard participe, un peu comme si quelqu'un te secouait un bon coup en disant « alors on y va ou quoi ! ».
Ensuite la fluidité apparaît et le poids disparaît. A 2 km/h le motard et la moto forment déjà un tout, chacun compense les défauts de l'autre. La moto joue et répond avec virtuosité aux réflexes du motard, le motard joue avec respect et franchise sur le frein moteur énorme et le couple fidèle. L'un sait que les freins ne font que ralentir, l'autre répond par un comportement sain en toute situation.
Le groove sonore du 80 GS est ici amplifié par un léger orifice situé au croisement des collecteurs. Un trou de rouille naturel percé par le souffle comprimé des gaz d'échappement ouvre la porte d'un son ample et brutal a la charnière du Harley en bas régime et d'un Ducati dans les tours. C'est une touche d'originalité acoustique aux limites des normes certes, mais les sensations sur cette moto arrivent bien en deçà de toute autre limite (de vitesse par exemple).
